L’HARMONIE SE CONJUGUE AU PASSE, PRESENT ET FUTUR

 

Tout d’abord, laissez-moi vous parler d’un temps que les moins de 120 ans ne peuvent pas connaître! Oui, vous avez bien lu, 120 et pour être encore plus précis, 118 ans. Ses 120 ans, L’Harmonie les fêtera en 2018. Avec fête, bonheur et chants.

 

120 ans, ce sont plusieurs centaines de procès-verbaux, d’histoires plus ou moins croustillantes, quelques surprises, tout cela raconté dans des textes pour la plupart écrits à la main par les personnes s’étant succédées au poste de secrétaire.

 

Première surprise, et pas des moindres, L’Harmonie, à la fin du 19e siècle, n’était composée que d’hommes. Pourquoi? Sans doute parce qu’à l’époque, seuls ces messieurs avaient le droit, après le dur labeur accompli, de sortir et d’aller boire un verre au bistrot du coin ou de se changer les idées en allant chanter. Parce que les femmes, elles, étaient censées s’occuper des enfants, préparer les repas du jour et du lendemain. Pour se divertir, restaient le tricot, la lessive et l’office du dimanche. En 1912, légère (r)évolution puisqu’il est fait mention d’apparition féminine avec des remerciements aux charmantes demoiselles de la gym pour leur précieux concours (sic).

 

60 ans pour féminiser L’Harmonie

 

Il aurait été légitime de penser que les mobilisations des guerres de 14-18 et de 39-45 auraient enfin ouvert les portes de la chorale aux dames. Il n’en fut rien… Nous relèverons toutefois cette petite mention sur le programme concernant l’événement des 22 et 23 janvier 1916: «Soirées musicales et littéraires données par la société de chant L’Harmonie avec le concours des demoiselles de la localité».

 

Il faut attendre 1947 pour lire dans un procès-verbal daté du 7 janvier: «Franc succès pour la répétition de ce début d’année qui a vu la participation de 24 membres actifs, plus 3 nouveaux membres et une jolie participation (aucune précision quant au nombre) – de dames et de demoiselles». Sans autre officialisation. Conclusion: le chœur d’hommes s’enrichit de quelques dames et demoiselles… mais n’est pas encore mûr pour se féminiser officiellement.

 

A l’automne 1948, les voix féminines sont enfin dûment mentionnées sur les programmes des soirées annuelles. Mais attention, on ne parle pas encore de «chœur mixte» mais de «chœur d’hommes avec une sous-section de dames» (re-sic). C’est sur le programme de la soirée annuelle du 8 mars 1958 que femmes et hommes sont réunis sous le label plus général et asexué de société de chant. L’appellation chœur mixte apparaîtra dans les années 60.

 

Fait divers

 

Avant d’aller plus avant dans l’histoire de L’Harmonie, on ne résiste pas au plaisir de vous raconter une anecdote croustillante bien qu’un brin sanglante… Voici ce que l’on peut lire dans un procès-verbal daté du 19 février 1903: «Après la répétition, le président ouvre la discussion au sujet de Constant Rothen qui, on s’en souvient a frappé un de ses amis de 2 coups de couteau». Le président déclare que, vu la conduite scandaleuse, il (Constant Rothen) ne mérite plus le droit de faire partie de la société.) C’est ainsi que le sieur Rothen fut radié, après vote des membres, de L’Harmonie. Que l’on se rassure, cet épisode est resté unique dans l’histoire de L’Harmonie.

 

Destinations d’hier et d’aujourd’hui

 

Souvent, la plupart des chorales se plaisent à organiser des sorties annuelles. L’Harmonie n’échappe pas à la règle. Il serait trop long de vous raconter toutes les sorties ou visites de la chorale. Pour le plaisir, nous voulons évoquer ici une excursion s’étant déroulée en 1920. Les choristes de l’époque ont pris le train jusqu’à Puidoux, puis ont marché jusqu’à Chexbres pour prendre la Corniche jusqu’à Lutry. Tout ce petit monde est rentré à Renens… en tram. Il est encore dit que la société a pris en charge le train et le tram ainsi que la petite collation prise en chemin… Tout cela pour la modique somme de 5 francs par personne.

 

En 1991, du 10 au 18 août, L’Harmonie passe la vitesse supérieure et s’envole à destination de Varsovie. Pour certains, c’est le baptême de l’air. Donc, on peut lire au début du récit de cette épopée: «Le grand jour est enfin là. 58 personnes se retrouvent à Cointrin dans la joie ou l’appréhension». Au programme, visites de sites touristiques, rencontres et concert organisé par la directrice du chœur de Lublin. L’Harmonie a provoqué vivats, ovation debout et émotion en terminant sa prestation par le fameux Gaude Mater Polonia que les chevaliers polonais avaient l’habitude de chanter après une victoire.

 

En 2014 et 2015, deux faits notables sont à signaler, à savoir les rencontres et échanges avec d’autres chorales. Il y eut d’abord la venue à Crissier de la chorale Les Cantouramiauds, de St-Chamond ((France), suivie, quelques mois plus tard de celle des Frascati, une chorale irlandaise de Dublin. Puis L’Harmonie a fait de même en se rendant d’abord à Saint-Chamond puis, quelques mois plus tard, en s’envolant pour Dublin. Des moments, des échanges, des rencontres inoubliables que L’Harmonie compte bien rééditer. Une petite musique d’avenir se fait déjà entendre dans quelques têtes…Pianissimo.

 

Assiduité et recrutement

 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, même à une époque où la télévision n’existait pas, où les salles de cinéma se comptaient sur les doigts de la main, L’Harmonie connaissait déjà des problèmes de fréquentation. Puisqu’on découvre que le président de la chorale demande aux membres de faire de la propagande. On ne parlait pas encore de publicité. A la décharge des « recruteurs » de ce début de 20e siècle, on travaillait 6 jours sur 7, souvent de 4h30 à 21h et les éventuels intéressés n’étaient pas très enthousiastes pour assister aux répétitions de la chorale qui avaient lieu le samedi soir tard. Il fallait vraiment envie de donner de la voix dans ces conditions.

 

Au 21e siècle, les conditions et les horaires de travail se sont bien améliorées et les distractions les plus multiples sont plus en mode que l’art choral. Sans oublier que Crissier est proche de grandes villes. Ce qui n’empêche pas L’Harmonie, malgré son grand âge, d’afficher une excellente santé avec une bonne cinquantaine de membres (une majorité de voix féminines et un léger manque de voix mâles) très actifs et motivés.

 

Drapeau et costumes

 

Cette histoire serait incomplète si on ne parlait pas bannière et costumes. Pour ce faire, il faut se référer au procès-verbal du 1er mai 1980, où on peut lire que le changement envisagé a fait l’objet d’une enquête auprès de tous les membres. Qu’en est-il sorti ? Rien, selon le rapporteur de l’époque. Et la discussion de reprendre de plus belle. Jupes trop longues pour les unes, trop courtes pour les autres, nouvelles blouses, plus de blouses, etc. La majorité des choristes est donc favorable au maintien du costume sous sa forme actuelle (cf photo). Il sera porté lors des soirées annuelles, girons et autres événements particuliers.

Dans ce même procès-verbal figure également le chapitre «drapeau». Oui, une nouvelle bannière, dont le coût pour l’époque est déjà une lourde charge, est vivement souhaitée. Décision est donc prise de nommer une commission chargée de mettre en route une élaboration et un mode de financement. Première et importante décision: l’ouverture d’un compte d’épargne avec un premier versement de 3 000 francs.

 

Deux ans plus tard, le 15 mai 1982, L’Harmonie inaugure sa nouvelle bannière. L’événement est relaté dans plusieurs médias – c’est dire l’importance de l’événement – dont La feuille d’avis de Lausanne (24 Heures pour les plus jeunes). Au programme: cortège, discours et concert donné, entre autres, par L’Avenir, un chœur d’hommes de Prilly, le chœur des écoles de Crissier et, bien sûr, l’héroïne du jour, L’Harmonie. De nos jours, toujours et encore, cette bannière est la fierté de la chorale et est notamment sortie de son armoire pour le traditionnel défilé de l’abbaye. Quant aux costumes, ils ont évolué vers une modernité souhaitée, c’est-à-dire: liberté dans le choix du vêtement (pantalons, jupes, robes, blouses, chemises, cravates nœuds papillon ou t-shirts). L’obligation? Une symphonie de rouge et de noir.

 

2016, l’année du changement

 

Histoire de bousculer les habitudes, L’Harmonie, pour éviter des collisions de dates avec d’autres événements, passe au rythme d’un concert (deux soirées) tous les 2 ans» en mars, en alternance avec un brunch chantant, en mai. Sans oublier le concert de l’Avent également tous les 2 ans. La liste serait incomplète si on ne mentionnait pas sa participation active aux diverses manifestations qui sont le sel de la commune (Fête de la musique, Festival de théâtre et son traditionnel loto en janvier).

 

Plutôt que de travailler un répertoire d’arrache-pied pour les concerts et l’oublier sitôt les projecteurs éteints, les choristes, tout en apprenant de nouvelles pièces, reprennent des morceaux appris dans le passé afin d’assurer, selon la demande ou sur propositions, des deuxièmes parties d’autres chorales de Suisse et d’ailleurs.

Il faut bien se rendre à l’évidence, à bientôt 120 ans, cette vieille mais fringante vieille dame qu’est L’Harmonie n’a rien perdu de sa vigueur, de son style toujours plus moderne et de ses envies de renouveau.